Souris mon cœur – Hideuse

Souris mon coeur

Suzanne Therrien, Souris mon coeur

Souris mon coeur

Poésie de Cécile Roy du groupe Les impressionnistes

Hideuse

J’ai attendu que la lune se lève pour sortir de ma cachette. Je suis entrée avec méfiance par effraction dans la chaleur de ton sous-sol pour me mettre à l’abri de cette froidure qui persiste.

Lentement avec adresse, j’ai glissé ma tête , sans éveiller de soupçon et éviter de justesse de passer à la trappe ou d’être assassinée par la patte de ta maîtresse aigrie couchée en boule sur son coussinet, les yeux toujours mi fermés.

Dans ma bougeotte perpétuelle, l’obsession du danger me charcute l’estomac, je suis maigre comme un manche de pelle. J’ai le sentiment d’être indésirable, un sans-abri, mal aimé et abandonné de tous. Pourtant je suis mère monoparentale et ma méfiance est tenace; j’ai le flair et la ruse. Je voyage léger, mes oreilles me suffisent.

J’ai fait tant de fois et par tous les temps cette voyagerie entre l’inconfort et la commodité; l’odeur du pain rassis et du fromage ou mieux encore d’une pomme mûrie en cave m’attire toujours.

Et… si en grattant dans ce coin d’objet de rebus, dans tout ce qu’on n’utilise plus depuis la belle lurette à mémé! … Je trouvais cette fois!

_Un bruit de fond, une circulation assez dense, oups! * Savoir écouter d’abord * Je crois que j’ai été repéré, je tremble que n’arrive trop vite ton ombre menaçante qui rôde derrière la porte. Je me déplace par mouvements fantastiques et secs, toujours dans un esprit de fuite.

Un * Qui est là * traverse le parquet. Je reste complètement immobile et ne dis rien, avec ce regard un brin effarouché. Mon cœur énorme dans ma poitrine cogne et me casse les oreilles. Pas très aimable comme courtoisie n’est-ce-pas! Je grelotte comme si j’avais la fièvre. Je laisse quelques secondes de silence pour prendre mon souffle, J’aime vous inquiéter.

Le miroitement s’approche, mon champ de vision est restreint : Une lueur me frôle. * Coucou, je faisais mon baluchon*

Je vois ton pyjama rayé, tu as l’œil mauvais, des cheveux en piquants drus sur la tête, on dirait un martin-pêcheur. C’est inquiétant : Alors s’avance la terreur… * D’où c’est que tu viens? * Avec une rage survoltée qui résonne.

Farouche, un petit cri d’appel au secours, vite un raccourci! Je prends mes guibolles à mon cou et trotte comme un bouffon et disparaît avec l’œil allumé et les gestes électriques de mon débarras. Prisonnière volontaire que je suis, je reste là comme une motte à réfléchir : * Ne jamais perdre espoir, l’oubli est aisé *.

Ma tête pivote en direction de la porte ouverte, je vire sur mes talons et disparaît. M’échapper de la maison, toute seule en pleine noirceur! Quel piège!

Mais au lieu de décamper, je me baisse et fais semblant de disparaître. Puis je me montre à nouveau, juste les yeux, pour apercevoir ta haute taille imposante, Aussitôt dans un élan; basculer dans le vide , sentir la noirceur s’ouvrir à mon passage et passer près de ta grande carcasse…. Je cours à perdre haleine dans un tel vacarme. Sauve qui peut!

Grimpée sur la corde de bois, prenant un bain de lune, et me léchant les pattes.

Ma foi! Je deviens vaniteuse, la mollesse m’envahit. Rien ne m’atteint plus. Si je te riais au nez… Pour les fois où tu as raté ton coup …

À la r’voyure!

© Cécile Roy 2015

 

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